Eglise Protestante Francophone de Washington, DC


La parabole du cerf-volant
Petite parabole de l'été, par le pasteur Cyrille Payot

Nous étions avec deux de nos fils en Caroline du Sud au bord d’une plage. Le vent s’est levé et l’un d’eux a eu la bonne idée de déployer l’un des cerfs-volants que nous avions avec nous. Bien sûr il avait pris soin de déployer le plus grand cerf-volant, le plus robuste, le plus beau, déclarant fièrement à son autre frère : « celui-là c’est le mien, ce sera mon cerf-volant »… l’autre frère, un peu moins rapide déploie donc l’autre cerf-volant, la mine défaite : son cerf-volant était plus petit, moins coloré, visiblement plus fragile. Il essaie en vain d’obtenir une concession de son frère pour qu’ils échangent leur cerf-volant. Les refus répétés de son frère laissent supposer qu’une intervention parentale sera bientôt nécessaire…

Les deux cerf-volants sont bientôt hissés dans les airs lorsque quelque chose de surprenant se passe… voilà que par la magie du vent, c’est le cerf-volant le plus fragile, le moins coloré, le plus petit, le moins beau qui se met à voler d’une façon extraordinaire, arrivant même à faire des acrobaties ! L’autre frère qui s’était juré de ne pas prêter son beau cerf-volant arrivait difficilement à hisser le sien, coloré et grand, mais trop lourd, trop encombré, presque pataud et difficilement navigable. Et bien sûr la réaction ne s’est pas fait attendre par un changement de ton subit dont les enfants ont parfois le secret et qui a donné lieu à cette demande incongrue : « tu peux me prêter ton cerf-volant » ?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Deux jours plus tard, nous voici en Caroline du Nord. Nous sommes sur le bord d’une plage ; le vent est de nouveau au rendez-vous ; chacun reprend son cerf-volant. Et surprise… le cerf-volant costaud, plus grand, plus lourd tient parfaitement la route, se met à voler majestueusement pendant que l’autre titube et tombe à chaque coup de vent violent, trop fragile pour tenir le cap… Les rôles s’étaient donc inversés ; le contexte avait changé ; la plage exposée différemment. Imaginez le grand sourire du jeune frère qui découvre que son cerf-volant auquel il ne croyait plus devient si majestueux, sous les supplications de son frère qui lui demande s’il peut lui prêter son cerf-volant...

Nous pourrions multiplier les enseignements qu’il y a à recevoir de cette parabole de l’été… à l’image du petit David dans la Bible, le vilain petit canard peut se révéler être un cygne : le roux, petit berger, le « pas fabriqué comme les autres », à l’image du cerf-volant plus petit, qui a moins d’attributs que l’autre, peut se révéler être … un signe du royaume ! L’autre enseignement : l’humilité permanente. Sous la force du vent, disons du souffle de Dieu, tout est possible… de surprise en surprise, le fort et le faible apprennent à marcher ensemble.


Billets de Méditation


Pasteur Cyrille Payot


D’après Jean 16, 12-15 :
« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire »

Notre connaissance des paroles de Jésus et de son Evangile ne doit pas cacher notre savoir suffisant et nos pauvres certitudes. Aujourd’hui comme pour chaque époque, la parole de Jésus sonne comme un appel à laisser l’Esprit nous parler là où nous croyons tout savoir : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ». Face à l’immédiateté de la parole, Jésus oppose la médiation de l’Esprit qui accorde à nos vies le temps nécessaire pour vivre en vérité pleinement la parole de Dieu. Il en va du respect de chaque croyant, de ce qu’il est capable de « porter », voire même de « supporter » : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les supporter maintenant ». Là où nous parlons avec nos « déjà » (« je connais déjà ce qu’il va dire » ; « on l’a « déjà fait » etc…), écoutons Celui qui glisse au moment de son départ, quand tout parait fini, le petit mot « encore ». Quand l’Esprit est à l’œuvre, l’avenir est habité de promesses.
D’après Jean 16, 5-11 :
Quand Jésus parle en vérité

« L’amour se réjouit de la vérité » disait Paul (1 Cor.13): lorsque l’amour est à l’oeuvre, toute vérité peut se dire. Jésus ne quitte pas ses disciples sans amour. Il leur dit une vérité, non pour blesser mais pour donner à vivre. Il emploie alors les grands mots. Des mots qui pèsent. Il parle de jugement, de péché et de justice. Et tout à coup, ces grandes notions deviennent simples car Jésus les aborde avec « vérité ». Comment expliquer le péché ? « Parce qu’ils ne croient pas en moi ». Rien à voir avec l’application des règles de conduites religieuses; il s’agit de commencer à « croire » comme on donne une chance à quelqu’un, ici à l’enseignement du Christ. En quoi consiste la justice ? « Je vais vers le Père et vous ne me voyez plus » : rien à voir avec la figure du Juste qui, à la vue de tous, deviendrait champion de la Loi. Où est le vrai jugement ? En condamnant Jésus, les hommes ont, sans le savoir, « jugé » le Prince de ce monde. Mais finalement, le seul qui l’a « déjà jugé », c’est Dieu et Dieu seul. Saurons-nous accueillir cette vérité de Dieu qui n’a rien à voir avec la vérité des hommes ?
D’après Marc 15, v.33 à 47 :
« Mon Dieu, mon Dieu, pour quoi m’as-tu abandonné ? »

La question du sens de la vie est ici posée. C’est parfois la nôtre : « En vue de quoi, Seigneur, m’as-tu abandonné à cette vie-ci, si c’est pour me mener sur ces lieux de croix ? » Cette question n’est pas nouvelle. Jésus la puise dans l’Ecriture (Ps.22, 2), portée par d’autres. Question que Jésus emportera avec lui jusque dans son dernier souffle. Question laissée sans réponse, maintenue en suspend, dans l’interrogation et le cri. Confronté au sens de la vie et de la mort qui lui échappent, Jésus continue pourtant de s’adresser à Dieu. Ce dernier demeure encore « son » Dieu… avant toute réponse. Dieu traverse avec nous la question de l’abandon, sans l’adoucir. C’est ce Dieu- là que le Centurion reconnaît et confesse pour lui-même, bien éloigné des faux-dieux romains : un Dieu non pas présent dans les lieux du pouvoir, de ceux qui ont réponse à tout, mais du côté de ceux qui crient, un Dieu qui écoute et porte avec nous les questions profondes de l’existence. Sera-t-il aussi « ton » Dieu ?
D’après Luc 6, v.1 à 19 :
Qui est maître de ton sabbat ?

Avec Jésus, même le repos n’est pas du temps perdu. Il est un temps qui recrée. Le 7ème jour marqué par le repos fait pleinement partie de la Création ; il s’inscrit dans le temps qui ouvre à la vie, à la prière (v.12), pour puiser auprès de Dieu les « forces » nécessaires, parfois mystérieusement (v.19), pour se mettre en marche, autrement. Le sabbat fait alors partie de ce temps qui ouvre droit à l’affamé de justice pour lequel Dieu trace un chemin d’espérance, quitte à sortir des sentiers battus, à traverser le champ cultivé par l’homme en transgressant sa logique, où l’abondance des fruits est redonnée à tous (v.1). C’est aussi un temps qui fonde l’appel de Dieu vers un envoi (v.13). Le « disciple » (« celui qui apprend ») devient simultanément « apôtre » (« celui qui est envoyé ») : c’est en étant envoyés que nous apprenons à vivre l’Evangile et son sabbat. Non pas un temps mort où nous attendrions passivement d’être prêts pour agir mais un temps pour répondre à l’appel de Dieu là où Il nous envoie.
D’après Luc 5, v.27 à 39 :
« A vin nouveau, outre neuve »

Un vin qui prend de l’âge est souvent bien meilleur que le nouveau. Jésus lui-même ne le dément pas (v.39). Rien à voir avec ceux qui aujourd’hui font de la nouveauté un critère commercial surfant sur la peur de l’usure et notre angoisse de vieillir. Mais pour obtenir le bon vin, l’ancien a été lui-même un vin neuf auquel on a cru, auquel on a appliqué les bons gestes. On lui a laissé sa chance, lui apportant les ingrédients neufs nécessaires pour la maturité attendue. Il en est de même pour Dieu à notre égard, comme à ceux qui ont mauvaise réputation : les « collecteurs d’impôts » habités par l’angoisse de ne jamais posséder suffisamment ; les « malades » de notre siècle contaminés par la nouveauté. Jésus travaille à leur conversion (v.32). A chaque époque sa maladie, son combat et sa nouveauté : Martin Luther King a lutté pour convertir l’homme blanc et libérer ce dernier du racisme. Et nous, quels seront nos « nouveaux » combats afin que nous restions fidèles à l’Evangile, vieux de 2000 ans? 
D’après Marc 15, v.16 à 32
 Dieu ne renonce pas !

Dérision, injures, crachats… les hommes réduisent le Christ à une Parole ridicule, « stigmatisée » (« Roi des Juifs »), à clouer sur un poteau. Dieu n’est-il pas crucifié chaque jour par notre inhumanité qui fait de « la maison de prière une caverne de brigands » ? Dans ce jeu insupportable où l’homme fabrique ses propres malfaiteurs avant de les crucifier, Dieu ne renonce pas : sans hasard, le Christ est crucifié au milieu des brigands. Le silence du Christ marque l’absence de toute parole possible face à l’inimaginable, mais son silence devient parlant : lorsque nous ne pouvons plus espérer en l’humanité, l’Evangile nous permet d’espérer en l’amour de Dieu qui attend notre conversion, parfois en silence. Un amour qui voit plus loin que les bassesses humaines et qui ne saurait réduire l’homme à ses actes. Sommes-nous sûrs de n’avoir jamais craché un jour sur la parole vivante donnée pour nous, pourtant bénéficiaires d’un amour qui nous attend encore sans ivresse ni aigreur ? Un amour auquel Dieu ne renonce pas.


Pour accompagner

nos journées

D’après Jean 15, 26 à 16, 4 :
« Vous êtes avec moi depuis le commencement », dit Jésus 

Dieu n’a pas commencé sans nous !
Il est vrai que tout a commencé avec les « témoins » oculaires de Jésus, ses premiers disciples. Mais ce « commencement » se prolonge jusqu’à nous, même en l’absence de Jésus : Celui qui se retire laisse place à une relation différente, re-créatrice, à « l’Esprit de vérité » dont nous pouvons être les « témoins » à notre tour. Une vérité qui dépasse les simples apparences d’un Christ qu’il nous suffirait de suivre physiquement. Au contraire, nous devenons « témoins » et pleinement présents au « commencement » créateur lorsque Dieu se révèle dans la consolation intérieure qui laisse émerger une vérité. « L’Esprit de vérité » n’a rien d’un énoncé au contenu défini par un Maître ; il est associée au « paraclet », au « défenseur », « au consolateur ». C’est peut-être là le « commencement » : une vérité qui peut se dire dans la confiance. 

Billets de Méditation


Pasteur Cyrille Payot


D’après Luc 6, v.20 à 26 :
Du relief à nos Béatitudes !

L’évangile de Luc présente le sermon de Jésus non pas sur la montagne mais dans la plaine (contrairement à l'évangile de Matthieu). Il remet les choses à plat, se plaçant ainsi au niveau des hommes. Aux quatre béatitudes répondent quatre malédictions. Le discours sonne comme un avertissement pour les uns, un encouragement pour les autres ; il rééquilibre la balance. Une façon de déplacer nos montagnes quand trop d’obstacles nous empêchent d’y voir clair et de positiver, ou à l’inverse quand, par effet de bulle spéculative, nous enflons nos vies de bienfaisances qui nous rendent pourtant malheureux. Jésus nous le rappelle : il y a des richesses qui cachent beaucoup de pauvreté et de la pauvreté qui cache beaucoup de richesse. Le riche dans la Bible est celui qui croit ne pas avoir besoin des autres pour vivre. Il s’appauvrit alors dans une solitude qu’aucune richesse ne saurait combler. A l’opposé, le manque nous ouvre à l’autre, à la relation qui fait la joie de l’homme et de Dieu, au partage. Oui, remettons nos vies à plat…les Béatitudes prendrons du relief !

"Voici, dit Dieu, J'ai placé devant toi une porte ouverte que nul ne peut refermer"

Apocalypse 3,8

Billets de Méditation

Pasteur Cyrille Payot